A la rencontre de Caroline Malvesin

Première conférence du cycle « De la prière chantée au cercle du silence »



Caroline Malvesin (1806-1889) a connu une vie bien remplie, aux détours inattendus. Née à Marseille dans une famille aisée, elle perd précocement sa mère. Son père ruiné se retire à Cozes (Charente) où il meurt en 1824. Elle rejoint alors Bordeaux où sa sœur aînée tient un pensionnat de jeunes filles, et assiste cette dernière afin de gagner sa vie. Elle est la paroissienne d’Antoine Vermeil, pasteur à Bordeaux de 1824 à 1840, qui, très marqué par l’esprit du « Réveil », veut dynamiser l’église locale et œuvre à l’unité du protestantisme alors divisé entre évangéliques et libéraux. A. Vermeil veut rendre l’Eglise plus visible (construction du temple des Chartrons), plus active (création de la Société de bienfaisance des dames), plus évangélisatrice.
En 1841, il convainc Caroline Malvesin de fonder avec lui à Paris l’œuvre des Diaconesses. C. Malvesin élabore avec Vermeil la Règle de la communauté, elle définit les engagements et les vœux des sœurs autour de deux mots d’ordre : le service et la prière. Dès 1841, C. Malvesin prend la direction de la maison parisienne des Diaconesses qui s’adressent en priorité à la protection des femmes libérées de prison.
En 1845, la communauté des Diaconesses s’installe rue de Reuilly à Versailles et s’agrandit peu à peu d’une infirmerie, d’une école de garde-malade, d’un internat pour jeunes filles, d’une salle d’asile, d’une crèche. En 1868, C. Malvesin abandonne la direction et se retire à Fontainebleau où elle fonde une école qu’elle dirigera pendant vingt ans. Elle meurt en 1889 à Reuilly.
Les Diaconesses entendent allier le service à la vie spirituelle et communautaire. Elles recherchent comment être portées par la prière et être fidèles à « Veillez et priez ».
 Leur communauté est, dès la fondation, ouverte à toutes les femmes quelque soit leur statut civil et matériel. La communauté s’attache à « soigner » l’âme autant que le corps. Les sœurs prêtent des vœux de célibat, obéissance et pauvreté et vivent des dons qui leurs sont faits.
L’initiative de Caroline Malvesin a été en son temps très critiquée par le corps pastoral en général et les églises libres ; elle a été très soutenue par les femmes déjà engagées dans le protestantisme social. Les critiques portaient sur un risque de retour au catholicisme, du fait des vœux et d’une vie réputée coupée du monde et surtout sur le fait qu’une hiérarchie était instaurée entre les sœurs et le peuple chrétien, contrairement aux principes de la Réforme. Ces critiques, dont les sœurs ont tenu compte, ont totalement disparu.
Aujourd’hui, la maison-mère des Diaconesses se trouve à Versailles. C’est un lieu de prières, d’écoute, de retraite. Une quinzaine de soeurs y sont présentes ; la plupart se trouvent à l’étranger pour des actions caritatives et sociales. L’hôpital des Diaconesses a gardé son siège rue de Reuilly. Il s’est spécialisé dans l’obstétrique et les soins palliatifs.
Le mouvement du Réveil dans lequel s’inscrivent Caroline Malvesin et Antoine Vermeuil touche au XIXème siècle l’ensemble du protestantisme européen avec des diaconesses en Allemagne, en Suisse comme en France. C’est un mouvement qui s’inscrit en marge des églises établies. Il a rencontré des échos dans les villes plus que dans les campagnes où les sociétés d’évangélisation étaient très actives.
L’Eglise de Bordeaux n’a pas, au moment de la fondation, spécialement soutenu les diaconesses, mais elle leur a confié entre 1888 et 1953 la direction de l’actuelle Maison de Retraite.
Caroline Malvesin n’est pas une des figures féminines marquantes du protestantisme bordelais, mais elle s’inscrit parfaitement dans la volonté de celui-ci de se laisser remettre en question.
Séverine Pacteau